Autopsie traditionnelle

 

Autopsie traditionnelle africaine : impact social et spirituel en tant que défi pour la missiologie en Afrique.

 

Par Benjamin NOUMBA MBOCK

 

Le phénomène d’autopsie apparaît comme une science de la médicine moderne, surtout en rapport avec la criminologie et vise à établir les causes et les circonstances de la mort d’un individu. Les africains avaient déjà exploré cette science depuis des siècles, cette fois avec un fond mystico-religieux. Selon la vision du monde de l’africain, chaque mort a une cause mystique. On meurt à cause de la sorcellerie, de la magie ou lorsqu’on brise un interdit : certainement, quelqu’un ne nous aime pas quelque part et ce serait lui la cause de la mort d’un être cher. Il faut rechercher les causes exactes de sa mort sinon beaucoup d’autres membres de la famille risquent mourir de la même façon et ceci causerait une très grande perte à la famille.

 La vision moderne et la vision traditionnelle africaine du monde se coudoient ici.  Le phénomène est assez récurrent chez certains Africains et particulièrement, chez les Bamiléké de l’Ouest du Cameroun.  En 2005 Achille Yonta délimitait sa zone de recherche dans les départements des Bamboutos et de la Ménoua où cette pratique est rencontrée. Dans les autres départements, l’autopsie traditionnelle constitue plus une purification du cadavre qu’une recherche des causes du décès. Il opta mener l’étude dans deux groupements pour cause des facilites linguistiques : Bangang (Bamboutos) et Foto (Ménoua). Ces deux groupements ont été aussi retenus en raison de la proximité de l’unité administrative qui porte une influence notoire sur la pratique de l’autopsie traditionnelle. Bangang et Foto disposent tous d’une zone rurale et urbaine.

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Cette réalité constitue un grand défi pour la missiologie ; c’est pourquoi il faut chercher à arrêter, sinon, à minimiser ses dégâts ?

 

Cette pratique démontre la peur de la mort parmi les africains. C’est pourquoi dans des situations difficiles les familles recherchent les moyens pour « se blinder. ». L’autopsie est la seule preuve des chefs d’accusation.

 On utilise un couteau d’usage quotidien pour opérer. Le ventre est fendu par des spécialistes qui ont parfois « quatre yeux », capables de voir et d’interpréter les signes. C’est lui qui pose le diagnostique et prescrit en temps normal, le rite curatif ou expiatoire. A défaut, il référera la famille à un grand marabout du village.

 

A la recherche de l’origine de la mort

 

L’homme étonné par la puissance de la mort cherche son origine. Jean Ziegler dit a ce propos : « la mort est un événement entaché d’ambiguïté : naturel, transclassiste comme la naissance, la sexualité, la faim, la soif ou le rire ; social, comme n’importe quel épisode de la praxis sociale ; mais aussi culturel, perçu, vécu sous une apparence qui doit servir à l’expliquer et à la justifier ».

Les ancêtres ont cherché à savoir d’où venait la mort et d’où lui provenait sa force ; ils ont entrepris de consulter les devins. Mais leurs réponses n’étaient pas satisfaisantes, parce que toujours divergentes. Ils sont allés vers les hommes. La mort, se dirent-ils, vient des hommes eux-mêmes. C’est alors qu’ils ont imagine une stratégie pour arrêter le génocide. Les Bamiléké disent que cette charge est revenue au « dim » (personnes dotées d’un pouvoir de dédoublement, elles peuvent s’introduire dans les maisons ou dans les organismes d’autres personnes). Les ancêtres leur font appel, parce qu’ils ont le charisme de la guérison et la faculté de voir de manière surnaturelle ce qui est dans le « ventre » de l’homme, le ventre étant inaccessible et invisible par tous.

Dans l’exercice de leur fonction, les « dim » ont eu à goûter à la chair humaine et ont trouvé qu’elle était bonne. Ils ont commencé à « manger » de cette chair, ceux qui étaient objet de leur maléfice invisible à l’oeil nu mourraient.

Les ancêtres ont compris que le « ventre » est le siège des causes de la mort, puisque c’est à l’intérieur de celui-ci que les «dim » attaquent et tuent leurs victimes. Ils relèvent les « dim » de leur fonction.

 

La tradition est désormais établie : pour les ancêtres, chaque fois qu’il y aurait un décès, on ouvrirait le ventre du cadavre pour voir ce qui a provoqué la mort. De nouveau, ils ont eu recours aux devins.

 

Quelques signes et interprétations

Les différents signes et les significations que les initiés leur attribuent relèvent des connaissances routinières. Quand survient un nouveau signe lors de l’autopsie, ces derniers arrivent toujours à lui conférer une signification. De manière générale, certains signes sont les plus fréquents et sont connus par la plupart des individus :

- La présence des blessures fraîches sur le cœur, le foie, les reins ou sur les poumons signifie que le défunt a été « mangé » par le « dim » ;

- L’absence de la vessie signifie que le défunt a été « emporté » dans le « chia » ou le « fumla » ;

- La présence d’une mare de sang dans le ventre traduit l’animal totem tué ;

- Le foie présente-t-il des dessins, des figures ou des signes bizarres ? Le défunt est lui-même cause de sa mort ;

- La présence de la chair dans l’œsophage traduit un défunt « dim », capturé alors qu’il sortait pour nuire ;

-Le cœur qui « bat » encore et saigne longtemps après l’autopsie révèle que le défunt était un sorcier, ceux qu’il avait programmé de tuer ne sont pas encore tous morts.

 

Conséquences sociales

 

 Chose curieuse, le spécialiste qui a opéré le corps va continuer à utiliser ce même couteau pour se nourrir. Il ne se soucie même pas de bien laver et désinfecter le couteau, mais se permet d’en essuyer juste le sang et tout de suite il peut manger une igname, sucer une canne à sucre avec, au mépris des micro-organismes souvent légion dans un corps inerte. Pour le Dr Paul Fokam, chirurgien à l’hôpital provincial de Bafoussam, citée par Azap Ndongo, l’autopsie traditionnelle est une supercherie. Car, ne reposant sur aucune base scientifique ou logique. “ Les adeptes de la pratique font une mutilation condamnable des dépouilles. Ils s’exposent à des maladies véhiculées par le sang tels que le Sida, l’hépatite et des risques liés à la cadavérine (substances liées à la décomposition d’un corps et qui sont hautement dangereux). ” 

 

Cette pratique se révèle très dangereuse pour la santé des populations avec des épidémies qui déciment bêtes et humains. Ces victimes des traditions folles crient à tue-tête au secours des gouvernements sans oreilles et à la conscience d’un peuple sans conscience. Certes, l’Administration coloniale avait pris des mesures de répression contre les contrevenants. Et, d’après le procureur de la République près les tribunaux de première et de grande instance de Mbouda, Clotaire Kamdem Feutseu Charlem, cette pratique est réprimée par la loi. On parle alors de “ profanation de tombeau et de cadavre ”. Aussi les auteurs de cette pratique, pris en flagrant délit de pratique de la chirurgie médicale, peuvent être poursuivis pour exercice illégale de la profession de chirurgien ou de médecin.

Ainsi, en voulant préserver la vie on se retrouve entrain d’engendrer un génocide ou une catastrophe. Pourquoi ne pas arrêter ce mensonge parce que Dieu a créé la vie et que la mort n’est qu’un aboutissement normal d’un processus vital.

Une sœur avait perdu son fils qui avait à peine un an ; évidemment des frères l’ont accompagné au village pour l’enterrement. Au grand étonnement de tous, à peine avait-on déposé le cercueil qu’une bande de personnes est venue s’en emparer pour faire leur lugubre boulot. Le ventre de l’enfant était fendu et un homme était entrain de tourner les boyaux du cadavre pour essayer d’identifier la cause de sa mort. Finalement, il a déclaré que c’est sa mère,  qui est notre fidèle qui l’a tué par la sorcellerie parce qu’elle est entrée dans de nouvelles églises que l’on nomme sectes. Sentence : on devrait la chasser de la maison de leur fils et ce dernier devrait en épouser une autre choisie parmi les filles du village.

On peut voir dans quelle méchanceté cette pratique peut conduire les gens au point de disperser les époux et faire souffrir les enfants. Aujourd’hui des voix s’élèvent pour condamner des pratiques ignobles comme l’excision et les sévices corporels. Ceci semble avoir conquis une importante audience auprès des pouvoirs publics. Les services sociaux peuvent aussi essayer de résoudre ce problème d’autopsie traditionnelle avec sérieux et amener les contrevenants à répondent de leurs actes.

 

 

Le défi de la Missiologie africaine

Souvent, cette pratique n’est pas anodine puisque qu’elle participe de la réalité mystico religieuse du groupe. En effet, ce groupe voue un grand culte aux morts qui vont devenir des dieux protecteurs des familles contre les maladies et les sorts que l’ennemie peut lancer. Il faut montrer au mort combien on prend soin de lui pour qu’il se souvienne de nous quand il sera de l’autre côté de la vie.

Evidemment, un peuple qui trouve ses moyens spirituels pour résoudre ses problèmes de vie et ses besoins spirituels devient un problème pour la missiologie. Or Dieu qui a créé l’homme a aussi prévu que ce dernier dépende de lui dans tous ses besoins. Mais comme on peut bien le constater, l’Evangile passe difficilement dans le pays bamiléké. Les gens croient que leur salue dépend de l’humeur des ancêtres et non de Dieu ; les morts deviennent tous des protecteurs et des dieux qui peuvent répondre spontanément à leurs besoins. Il suffit, de verser un peu d’huile de palme sur un crâne et prononcer quelques paroles pour apaiser un esprit courroucé ; on a plus besoin d’un médiateur, puisque le mort va servir de médiateur entre les dieux et les vivants (1Tm2 :5). Mais un mort peut-il donner la vie à un vivant ? (Hé 9 : 27) Telle est la question qu’on est en droit de se poser en pareille circonstance. Il y a pur esclavage ici, puisque l’homme est toujours entrain d’offrir des sacrifices aux morts capricieux qui ne cessent d’en demander.

 

Cependant, la chose constitue un véritable défi pour la missiologie. En effet, l’église devrait multiplier des efforts pour organiser des journées de sensibilisation auprès des populations Bamiléké ; ces journées devraient être renforcées par des campagnes d’évangélisation sous toutes les formes. Le message de l’évangile sur ce terrain précis doit être contextualisé. Car il n’y a sous le ciel aucun autre nom par lequel nous devions être sauvés. Il n’y a que le nom de Jésus-Christ que Dieu a donné comme l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. De même aussi il est dit qu’il est donné à l’homme de mourir une seule fois après quoi vient le jugement. Le message de l’évangile doit pouvoir sortir les gens de cet esclavage pour les restituer à leur liberté. Le pays Bamiléké a besoin d’un évangile révolutionnaire qui pousse les gens à s’émanciper contre certaines pratiques culturelles, en l’occurrence l’autopsie traditionnelle. Une synergie avec le personnel médical pourrait être salutaire car ils peuvent expliquer les conséquences cliniques de la pratique.

L’église devrait se mobiliser pour une violente intercession en vue d’éradique cette pratique dans le pays Bamiléké. Les fils du terroir devraient être les premiers à répondre à l’appel parce qu’ils connaissent mieux la réalité.

Que le Seigneur vous bénisse pendant que vous répondez à notre appel!

 

                 

 

                     Rev Benjamin Noumba Mbock; M.A . Missiologie

               Full Gospel Mission, Tel: 237 76302463. bnoumba@yahoo.fr

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